Comportement du cheval : les principaux écarts

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Comportement du cheval : les principaux écarts

Messagepar Morgane » 15 Déc 2011, 22:08

A un symptôme, répond souvent une cause. Cette cause peut être médicale ou comportementale, voire les deux à la fois. Vincent Boureau est vétérinaire. C’est aussi un spécialiste de la « psychologie » du cheval. Il revient sur les principaux écarts du comportement de cet animal. Par Sébastien Chauveau

Mon cheval ne mange plus. « Il faut penser aux ulcères gastriques, dit le Dr Boureau. Ils sont fréquents chez les chevaux. » Les signes en sont le grincement de dents ou le bâillement. Il y a également tout ce qui peut perturber le transit intestinal qui coupe l’appétit des chevaux. « La fièvre, les vers, les bouchons alimentaires... peuvent en être la raison », indique le vétérinaire.

Un cheval qui n’a plus faim est généralement un cheval qui ne va pas bien. « Le manque d’intérêt pour la mangeoire est régulièrement un signe précoce de stress dû au changement, explique Vincent Boureau. C’est le cheval qui a déménagé ou qui ne reçoit plus le même aliment qu''auparavant par exemple. »
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Mon cheval est triste. « L’abattement est fréquemment associé à de la fièvre ou de l’anémie », souligne le praticien. C’est donc, d’abord, à la cause médicale qu’il faut penser en cas de tristesse d’un cheval et pas immédiatement à la raison mentale. Celle-ci peut, certes, être évoquée. Le mode de vie du cheval peut être pointé du doigt. « C’est sûr qu’un animal qui vit l’essentiel de son temps au boxe ou qui ne voit ou ne joue jamais avec des congénères a toutes les chances de déprimer », souligne le Dr Boureau. Le cheval a besoin d’un minimum d’activité journalière. Ce ne sont pas forcément des heures de selle qu’il lui faut mais du jeu, de la détente, de la promenade, du pansage, etc.

Mon cheval est agressif. « Un animal qui devient soudainement belliqueux dans certaines conditions de déclenchement signifie habituellement qu’il a mal quelque part », fait remarquer le vétérinaire. En clair, un cheval qui mord au sanglage souffre probablement du dos ou du thorax. Reste qu’il y a différents types d’agressions (voir encadré). Celles-ci peuvent se diriger, ou vers les congénères, ou vers les hommes. Mais, si la cible n’est pas accessible, elles peuvent aussi se conduire vers les agresseurs eux-mêmes. L’expression d’attaque peut alors se manifester par de l’automutilation ou de la destruction (de l’environnement). « Un problème d’emportement peut vite se généraliser et être d’autant plus difficile à corriger qu’il est depuis longtemps installé », dit Vincent Boureau. En dehors de la raison médicale, remédier à l’ardeur d’un cheval repose sur diverses approches comportementales. « Le principe de base étant ici d’utiliser une punition adaptée avant que l’animal n’agisse, explique le spécialiste du comportement du cheval. Cela veut dire que la tape sur le nez ou le haussement de voix doit intervenir avant que l’animal n’ait mis les dents sur la croupe de son voisin ou dans le bras de son cavalier. » Mais la correction de certaines agressivités du cheval passent-elles aussi par la restauration de la confiance. « Le poulain, qui est terrorisé, qui se blottit dans son boxe, n’a pas besoin d’être puni. Il faut plutôt chercher à favoriser son instinct d’exploration et à rétablir avec lui un contact non anxiogène », poursuit le Dr Boureau, en insistant « systématiquement, lorsqu’il y a correction ou sanction d’un comportement non souhaité, il doit y avoir renforcement d’un comportement souhaité. La récompense est en effet beaucoup plus éducative que la punition. » Prenons l’exemple d’un cheval qui mord : si la punition, qui dure en l’espèce quelques secondes, l’a empêché d’agir, la récompense, elle, doit faire l’objet d’une certaine insistance.

Quatre types d’agressions

Le cheval est une espèce proie dans le règne animal. C’est pourquoi, il est constamment hypervigilant, c''est-à-dire que ses capteurs sensoriels sont constamment aux aguets. Il faut dire que la vision panoramique de cet animal n’est pratiquement que monoculaire et sa perception visuelle liée principalement au mouvement. Qu’il est sensible sur le plan auditif, il perçoit certains bruits jusqu’à quatre mille mètres. Et que son odorat, son « touché » (il est très tactile), sa vigilance... sont très développés. Ainsi, tout stimulus nouveau de l''environnement entraîne de façon primaire une réaction de fuite chez lui.

L’attitude agressive n''est pas une consigne comportementale prioritaire dans cette espèce sociale et grégaire. Elle a pour fonction de réguler les interactions au sein du groupe ou de répondre alternativement à une situation où la fuite n''est pas possible. Le cheval génère globalement quatre types d’agressions : par irritation, hiérarchique, par peur et maternelle. Son comportement d''attaque se décrit en trois phases. Premièrement : une phase appétitive, il menace. Deuxièmement : une phase d’état, il attaque. Troisièmement : une phase d’apaisement, il revient à son état émotionnel de départ. Le typage de l''agression à partir de la description de ces trois phases est essentiel pour déterminer la conduite à tenir. L''utilisation d''une punition peut, dans certains cas, diminuer la fréquence d''expression du comportement agressif, à condition qu''elle soit cohérente et à bon escient. Cependant, l''utilisation de la même punition peut-elle parfois s''avérer contre-productive, lors d’agression par peur notamment.


Mon cheval est souvent malade. C’est principalement un déficit immunitaire ou des conditions de vie à risque qui amène parfois cet animal à connaître des soucis de santé à répétition. En aucun cas, « la raison comportementale n’est à mettre en évidence ici », pointe le vétérinaire.

L'UNE DES PREMIERES ALARMES MEDICALES

Mon cheval est moins performant. Quelle que soit l’activité, la contre-performance est l''une des premières alarmes médicales. C’est, fréquemment, un stade très prématuré de boiterie ou d’affection respiratoire qui s’annonce. « L’un comme l’autre peut être si peu avancé que le cavalier ou le soigneur non averti peut ne pas y être sensible », révèle Vincent Boureau.

On l’a dit, pour son mental, le cheval a besoin d’exercices quotidiens. Encore faut-il que les activités qui lui sont proposées ne lui procurent ni de douleur ni d’inconfort. Sinon, elles risquent d’entamer son moral et de lui être plus néfastes que bénéfiques.

Mon cheval a des dermatoses. Les pathologies dermatologiques ne sont pas rares chez les chevaux. Elles peuvent être le fait de parasites externes, d’allergies ou d’infections de la peau. Mais, il existe également des neuro dermatoses qui sont assez graves. Ce sont celles qui touchent les étalons qui s’automutilent ou les chevaux privés de vie sociale, frustrés, voire atteints de déséquilibres émotionnels forts. Pour ceux-là, à la voie thérapeutique « classique », à base d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs et de neuroleptiques, s’ajoute un suivi comportemental. « Bien sûr, nous ne les allongeons pas sur un divan et nous ne leur parlons pas à l’oreille, ironise le praticien. Nous nous attachons à comprendre comment ils vivent. Ce sont généralement des cas qui sont difficiles à traiter, l’agressivité étant ici redirigée vers eux-mêmes. Il faut parfois tout changer, le mode comme le milieu de vie. »

Mon cheval tique. Cette pathologie (le tic), qui consiste pour les chevaux à répéter un comportement en boucle - comme émettre un bruit en contractant les muscles du pharynx en s’appuyant les dents sur tout et n’importe quoi ou encore en se balançant (on parle respectivement de tic à l’appui et à l’ours) -, est un symptôme d’anxiété. « Plus il est chronique, plus il est compliqué à soigner. Le tic est l’un des troubles du comportement qui est le plus complexe à éradiquer », est formel le Dr Boureau. Il traduit toujours un mal-être. Et il est automatiquement pathologique.

Ce que l’on sait, aujourd’hui, c’est, qu’en tiquant, le cheval libère des endorphines dans son cerveau. Endorphines qui le soulagent provisoirement de son mal-être, mais qui l’entretiennent aussi. « Je suis contre les systèmes punitifs ou contraignants, comme les colliers anti-tics et autres moyens électrifiés notamment, car ils visent à faire croire que le cheval ne tique plus avec ça. En fait, ils ne font qu’aggraver l’anxiété et, in fine, le problème. Car un cheval que l’on empêche de tiquer par une contrainte trouve toujours une autre manière d’exprimer son anxiété », prévient le spécialiste du comportement équin.

Soigner un cheval qui tique est donc un challenge thérapeutique. C’est bien souvent, là encore, tout le mode de vie du cheval qu’il faut revoir. Il faut rechercher quels sont les facteurs de contraintes et les éléments émotionnels qui le poussent à produire de tels comportements (émettre un bruit ou se balancer). Il faut après les modifier, voir les faire disparaître. Cela peut passer par une restauration des comportements sociaux ou par une révision du mode d’alimentation. Souvenons-nous que le cheval est un animal social, cela veut dire qu’il aime vivre avec ses congénères en plein air. Et qu’il est routinier, comprenez, qu’il n’aime pas changer ses habitudes. Attention, « le tic n’est pas contagieux », tient à démentir Vincent Boureau. « Seul le poulain imite sa mère », poursuit-il. Ensuite, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est clair qu’à facteurs de contraintes et éléments émotionnels identiques, le tic peut tout à fait être transmis à plusieurs chevaux d’une même écurie.

UNE PHOBIE DU CONTACT

Mon cheval boite par intermittence. Il faut le savoir, les chevaux ne simulent pas. Ils n’inventent pas lorsqu’ils boitent. Ce n’est donc pas un problème mental qu’il faut invoquer quand un cheval soulage - même très légèrement - un membre. La plus petite des boiteries, celle qui est dite « de grade faible », impose des tests bien codifiés et des examens complémentaires (de type radiographiques ou échographiques). Car il est évident qu’un cheval qui boite constamment peut devenir fragile moralement.

Mon cheval ne se laisse plus préparer (seller et brider). Elles sont couramment oubliées, mais les douleurs de dents, de sanglage et autres pathologies dorsales peuvent conduire cet animal à être ou devenir rétif au pansage comme au travail. Lorsqu’il n’est pas médical, ce refus peut être motivé par une phobie du contact. « Il s’agit alors d’un problème comportemental, qui est assez simple à traiter, reconnaît Vincent Boureau. Il existe une thérapie dite « de la désensibilisation progressive », c''est-à-dire qui apprend - doucement (par « doses » croissantes) - au cheval à accepter ce dont il a peur. » C’est un travail de patience, mais surtout de cohérence. A chaque cas correspond un protocole de traitement.

C’est de la même manière qu’il faut procéder avec un animal qui refuse de donner ses pieds, de se faire soigner, tondre, « piquer », etc. Il faut l’habituer au stimulus qui l’importune. A condition d’avoir bien sûr au préalable éliminé une quelconque cause médicale. « Il y a des situations (lors d’urgence notamment) qui nécessitent l’emploi de la contention ou du calmant, signifie le vétérinaire. Il faut avoir à l’esprit que ces aides techniques ne sont pas pédagogiques. »

Mon cheval ne voyage plus. Il est des fois où le transport est incompatible avec des douleurs des articulations ou du dos. Il en est d’autres où les chevaux ont une phobie du camion ou du van. Il arrive aussi qu’ils aient mal appris à embarquer. « C’est fréquent ! Les chevaux sont régulièrement tirés - dans l’agitation - au lieu d’être poussés. Ou encore, ils sont tout aussi souvent récompensés n’importe comment. C’est, par exemple, le seau d’aliment qui vient à l’animal avant que le comportement souhaité ait été produit, alors que ce devrait être l’inverse », déplore le Dr Boureau. « Il faut s’y prendre correctement pour expliquer aux chevaux comment il faut monter dans un camion ou dans un van. Il faut aussi les aider à tolérer le voyage. Ce sont des événements qui ne sont pas naturels pour eux », rappelle-t-il.
Vrai ou faux
« Les chevaux préfèrent le sucré au salé.

- C’est vrai.

- Les chevaux ont besoin de changer de temps en temps d’aliment.

- C’est faux.

- Les chevaux ont leur place dans les camions ou les vans.

- C’est vrai.

- Les chevaux sont des animaux « simulateur ».

- C’est faux.

- Les chevaux sont des animaux stressés.

- C’est vrai. »


source : http://vetocheval.com/articles/articles ... -ecart.php
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